8 instruments de musique chinois

8 instruments de musique chinois

Quels sont les instruments de musique chinois les plus connus ? Depuis quand existent-ils ? Et peut-on encore les entendre aujourd’hui en Chine ?

La musique traditionnelle chinoise possède une histoire très riche. Des instruments comme le guzheng, le pipa, le erhu ou les différentes flûtes chinoises ont accompagné l’évolution artistique de la Chine, que ce soit dans l’opéra chinois, le théâtre, les cérémonies ou la musique moderne.

Ici nous verrons :
• 8 instruments traditionnels chinois
• Leur histoire et leurs caractéristiques
• Les grandes traditions musicales associées

Je m’appelle Mei Hua. Petite, la première fois que j’ai entendu un orchestre traditionnel chinois, c’était dans un parc à Hangzhou. Les instruments avaient des sons très différents de la musique occidentale, plus doux, parfois très mélancoliques. Et c’est souvent ce contraste qui surprend le plus quand on découvre cette musique.

Alors commençons par l’un des instruments les plus emblématiques.

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Guzheng 古筝

Le guzheng est probablement l’un des instruments chinois les plus reconnaissables. On le voit souvent dans les films historiques chinois ou dans les concerts de musique traditionnelle. Son son est très fluide et presque hypnotique.

On l’appelle souvent la cithare chinoise.

L’histoire du guzheng remonte à plus de 2 500 ans. Les archéologues pensent que les premiers modèles apparaissent pendant la période des Royaumes combattants (475 à 221 av. J.-C.).

Guzheng

Cet instrument est assez imposant. Il mesure généralement environ 1,60 mètre de long et possède le plus souvent 21 cordes, même si certains modèles modernes peuvent en avoir davantage.

Pour jouer du guzheng, les musiciens utilisent de petits onglets fixés aux doigts. Ils sont souvent fabriqués en résine ou en plastique aujourd’hui. Dans le passé, on utilisait parfois de l’ivoire. Ces onglets permettent de pincer les cordes avec plus de précision et de produire des vibrations très claires.

Le guzheng est parfois confondu avec le guqin, un autre instrument ancien. Pourtant, ils sont assez différents.

Le guqin est beaucoup plus petit. Il possède seulement sept cordes et se joue posé sur une table, sans supports. Le guzheng, lui, repose sur des tréteaux et produit un son plus puissant et plus ample.

Aujourd’hui, le guzheng reste très populaire en Chine. On le retrouve aussi bien dans la musique traditionnelle que dans des compositions modernes.

Pipa 琵琶

Le pipa est l’un des instruments les plus emblématiques de la musique traditionnelle chinoise. Comme le guzheng, c’est un instrument à cordes pincées, mais il possède seulement quatre cordes. En Occident, on le compare souvent à un luth chinois.

pipa chinoise, instruments de musique chinois

Son histoire remonte à plus de 2 000 ans. Il reste aujourd’hui encore très populaire dans les orchestres traditionnels chinois et dans la musique soliste.

Le corps du pipa est taillé dans une seule pièce de bois. Sa forme est très reconnaissable, avec une caisse en forme de poire et un manche court. Selon les modèles, l’instrument possède entre 12 et 26 frettes. Le pipa mesure généralement un peu plus d’un mètre de long.

Dans la tradition chinoise, cet instrument possède aussi une forte dimension symbolique. Certains textes anciens expliquent que ses proportions représentent l’harmonie du monde. Les éléments de l’instrument évoqueraient le ciel, la terre et l’homme, ainsi que les cinq éléments de la pensée chinoise : bois, feu, eau, métal et terre. Ses quatre cordes, elles, sont souvent associées aux quatre saisons.

Pour jouer du pipa, le musicien tient l’instrument verticalement, posé sur les jambes. Une main pince les cordes tandis que l’autre appuie sur les frettes pour modifier les notes.

Pendant des siècles, le pipa fut joué à la cour impériale, dans les ensembles musicaux et aussi par les lettrés chinois, qui considéraient la musique comme un art permettant de cultiver l’esprit.

Légende sur le pipa chinois

De nombreuses légendes et œuvres littéraires issue de l’art chinois évoquent cet instrument.

L’une des histoires les plus célèbres concerne Wang Zhaojun (王昭君), l’une des grandes beautés de la Chine ancienne. Selon la tradition, elle dut quitter sa région pour épouser un chef nomade au nord.

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Pendant son voyage, assise à cheval et submergée par la tristesse, elle aurait joué une mélodie mélancolique sur un instrument à cordes. La musique aurait été si émouvante qu’un groupe d’oies sauvages en plein vol aurait oublié de battre des ailes et serait tombé au sol. C’est ainsi que Wang Zhaojun reçut le surnom de “celle qui fait tomber les oies”.

Plus tard, cette histoire inspira une mélodie célèbre appelée « La complainte de Zhaojun» (昭君怨). Dans l’imaginaire chinois, cette scène est souvent représentée avec un pipa.

Un autre hommage célèbre à cet instrument apparaît dans le poème « Pipa Xing » (琵琶行) du grand poète de la dynastie Tang, Bai Juyi. Dans ce texte, il décrit une rencontre avec une musicienne jouant du pipa sur le fleuve Yangtsé.

Il écrit notamment :

« Les cordes graves éclataient comme une pluie soudaine,
les cordes fines murmuraient comme des confidences d’amoureux,
comme des perles, grandes et petites, tombant sur une assiette de jade. »

Cette image reste aujourd’hui l’une des descriptions les plus célèbres du son du pipa.

Hulusi 葫芦丝

Le hulusi est un instrument de musique chinois à vent très particulier dans la musique chinoise.

Contrairement à la plupart des flûtes chinoises, il se joue verticalement. L’instrument possède généralement trois tuyaux de bambou fixés dans une petite calebasse qui sert de chambre d’air.

Le tuyau central comporte les trous pour les doigts, tandis que les deux autres produisent des notes de bourdon, c’est-à-dire un son continu qui accompagne la mélodie. Le hulusi mesure en général environ 40 centimètres.

Hulisi, instruments de musique chinois

Traditionnellement, il est fabriqué en bambou et en calebasse, mais on trouve aujourd’hui aussi des modèles modernes réalisés en matériaux synthétiques.

Son timbre est très particulier. Le son est doux, pur et légèrement velouté, parfois comparé à celui d’une clarinette.

À l’origine, le hulusi était surtout utilisé dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine. Plusieurs minorités ethniques, notamment les Dai et les Yi, l’utilisaient dans leur musique traditionnelle.

Avec le temps, cet instrument est devenu populaire dans toute la Chine et il est aujourd’hui enseigné dans de nombreuses écoles de musique.

Dizi 笛子

Le dizi est la flûte traversière chinoise la plus connue. En chinois, on l’appelle simplement di (笛), ou parfois héngdi (横笛), ce qui signifie littéralement « flûte horizontale ».

Il existe plusieurs variantes de cet instrument. Parmi les plus célèbres, on trouve le qǔdi (曲笛), utilisé dans la musique lyrique du sud de la Chine, et le bāngdi (梆笛), plus aigu, souvent présent dans l’opéra du nord.

Dizi, flûte chinoise

Le dizi occupe une place importante dans la musique traditionnelle chinoise. On le retrouve dans la musique folklorique, l’opéra chinois, mais aussi dans les orchestres traditionnels modernes.

Sa popularité s’explique aussi par sa simplicité. Le dizi est relativement facile à fabriquer et à transporter, ce qui a contribué à sa diffusion dans toute la Chine.

Traditionnellement, il est fabriqué à partir d’un morceau de bambou bien droit. La longueur de la flûte détermine la tonalité de l’instrument. Plus la flûte est longue, plus le son est grave.

On trouve parfois des modèles fabriqués en pierre ou en jade, mais ces versions sont surtout appréciées pour leur esthétique plutôt que pour leur qualité sonore.

Le dizi possède généralement six trous pour les doigts, auxquels s’ajoute un petit trou particulier recouvert d’une membrane très fine. Cette membrane donne au dizi son timbre légèrement vibrant, caractéristique de la musique chinoise.

On peut jouer du dizi en solo, mais l’instrument accompagne aussi très souvent les ensembles traditionnels et l’opéra.

Erhu 二胡

L’erhu est un instrument de musique chinois à archet à deux cordes. L’instrument est fait en deux parties : le manche et le corps. Pour le manche, on le fait en bois dur et rond. Le corps est quant à lui constituer d’une caisse de résonance en bois hexagonale, avec de la peau de serpent à l’avant et un écran en bois sculpté à l’arrière.

Le tout repose traditionnellement sur un coussin de velours rouge. Dans le monde occidental, on l’appelle souvent le violon chinois ou la vièle chinoise à deux cordes.

Erhu, violon chinois

L’instrument se joue verticalement, posé sur la cuisse du musicien. L’archet passe entre les deux cordes et reste attaché à l’instrument.

Contrairement au violon ou au violoncelle, les cordes du erhu ne sont pas pressées contre un manche. Le musicien modifie la hauteur des notes simplement en touchant les cordes avec les doigts.

Le erhu est très présent dans les orchestres traditionnels, l’opéra chinois et les ensembles régionaux. On peut aussi l’entendre dans des maisons de thé, lors de festivals ou de cérémonies.

Un morceau est particulièrement célèbre en Chine : « Two Springs Reflect the Moon » (二泉映月).

Cette œuvre fut composée par Ah Bing (阿炳), un musicien de rue aveugle originaire de Wuxi. La mélodie exprime la tristesse et les épreuves de sa vie. Aujourd’hui encore, elle est considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de la musique instrumentale chinoise.

Guqin 古琴

Le guqin est l’un des instruments de musique chinois les plus anciens et les plus respectés de la culture chinoise. C’est une cithare à sept cordes, parfois appelée qixianqin (七弦琴), ce qui signifie littéralement « cithare à sept cordes ».

Cet instrument existe depuis plus de 3 000 ans. Pendant des siècles, il fut l’instrument favori des lettrés et des érudits chinois. Dans la tradition culturelle, il symbolise la réflexion, l’harmonie et la recherche intérieure.

On associe souvent le guqin au philosophe Confucius, qui aurait lui-même pratiqué cet instrument. Certains Chinois le surnomment encore « le père de la musique chinoise » ou « l’instrument des sages ».

Guqin

Le guqin est construit en bois et possède une structure très simple. On y trouve une table d’harmonie supérieure, une caisse de résonance en dessous et sept cordes, autrefois en soie.

Mais derrière cette simplicité se cache un instrument très symbolique.

La longueur traditionnelle du guqin est de 3,65 pieds chinois, ce qui représente les 365 jours de l’année. Sur la surface de l’instrument, on trouve également treize repères, qui symbolisent les treize cycles lunaires.

Pour jouer du guqin, le musicien pose l’instrument sur une table et pince délicatement les cordes avec les doigts.

La musique du guqin est souvent très douce et méditative. On l’entend surtout dans des performances solistes ou lors de certaines cérémonies culturelles et rituelles.

Pendant des siècles, de nombreux lettrés utilisaient le guqin pour accompagner leurs moments de méditation et de contemplation.

Le Gong 锣

Le gong chinois est l’un des instruments de percussion les plus connus d’Asie. Il s’agit d’un grand disque métallique circulaire que l’on frappe avec un maillet pour produire un son puissant et résonnant.

Dans la musique traditionnelle chinoise, le gong sert souvent à marquer les moments importants d’une performance. On l’entend dans les orchestres traditionnels, les danses rituelles, les cérémonies religieuses ou encore dans l’opéra chinois.

Gong

Selon la manière dont on le frappe, le gong peut produire des sons très différents, allant d’une vibration profonde à une résonance plus éclatante.

Il existe plusieurs types de gongs dans la tradition musicale chinoise.

Le tam-tam est un gong sans bossage central. Il possède une forme légèrement convexe et est généralement fabriqué en bronze forgé. On le suspend souvent sur un cadre métallique afin de laisser la vibration se diffuser librement.

Le daluo (锣) est un autre type de gong traditionnel. Il est fabriqué à partir d’un alliage de cuivre, zinc et étain. Son bord est légèrement replié et l’instrument est parfois associé dans l’opéra chinois à des personnages puissants comme les guerriers ou les officiers.

Le xiaoluo (锣) est une version plus petite du daluo. Son timbre est plus aigu et plus léger. Dans certaines traditions théâtrales, il accompagne des personnages plus subtils, comme les érudits ou les personnages féminins.

Le Xiao 箫

Le xiao est une flûte verticale chinoise très ancienne. On l’appelle aussi parfois dongxiao (箫).

Contrairement au dizi, qui se joue horizontalement, le xiao se joue verticalement, en soufflant à l’extrémité du tube. Traditionnellement, il est fabriqué en bambou. L’instrument possède généralement six à huit trous pour les doigts, auxquels peuvent s’ajouter deux petits trous destinés à ajuster l’accord.

Son origine remonterait à plus de 3 000 ans. Selon certaines traditions, cette flûte aurait été développée par le peuple Qiang, un groupe ancien vivant dans le sud-ouest de la Chine.

Xiao

Le xiao possède un son très différent du dizi. Sa sonorité est douce, profonde et méditative. C’est un instrument souvent associé à des musiques calmes et contemplatives.

Dans la tradition chinoise, on dit parfois que le son du xiao rappelle le cri du phénix, un oiseau mythique symbole d’harmonie.

Une mélodie célèbre illustre bien la beauté de cet instrument : « Lune d’automne sur le lac calme », une pièce très appréciée dans le répertoire classique chinois.

De nombreux instruments chinois

Les instruments présentés ici ne représentent qu’une petite partie de la musique traditionnelle chinoise.

Il existe en réalité des dizaines d’instruments différents, chacun avec son histoire et son rôle dans les ensembles musicaux.

Parmi eux, on peut citer le konghou, une ancienne harpe chinoise, le liuqin, proche d’un petit luth, les pengling, de petites cymbales rituelles, ou encore le sanxian, un instrument à trois cordes très présent dans la musique folklorique.

La musique chinoise forme un univers très riche. Chaque instrument possède sa propre couleur sonore et raconte une part de l’histoire culturelle du pays.

Pour ma part, la première fois que j’ai entendu un xiao joué seul dans un temple, j’ai été frappée par le calme de sa musique. Elle semblait presque se fondre dans le vent.

Si la culture chinoise vous intéresse, je partage régulièrement d’autres sujets autour de l’histoire, des traditions et des symboles de la Chine. Vous pouvez aussi découvrir mes ebooks, où j’explore ces thèmes plus en profondeur, toujours avec l’envie de rendre cette culture accessible et vivante.

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