Qu’est-ce que le Hanfu, ce vêtement si élégant que l’on voit souvent dans les films historiques chinois ? Est-il porté par des hommes ou des femmes ? Et surtout, est-il encore porté aujourd’hui dans la Chine moderne ?
Le Hanfu est un vêtement traditionnel chinois porté depuis plus de 3000 ans, apparu sous les dynasties Shang et Zhou. Symbole du peuple Han et de la culture chinoise, il incarne l’héritage vestimentaire et historique de la Chine ancienne.
Dans cet article, vous découvrirez :
• Ce qu’est réellement le Hanfu et son origine historique
• Quand et comment le porter selon les traditions chinoises
• Pourquoi il séduit à nouveau les jeunes générations chinoises
En grandissant à Xi’an, j’ai souvent vu des passionnés revêtir ces superbes tenues lors des fêtes traditionnelles. Leur élégance et leur lien profond avec l’histoire de la Chine ne cessent de me fasciner.
Sans plus tarder, découvrons ensemble le Hanfu, un vêtement millénaire au cœur de la culture chinoise.
Le Hanfu, un vêtement traditionnel chinois

Le mot Hanfu (汉服) signifie littéralement « vêtement du peuple Han ». Il désigne les vêtements traditionnels chinois portés à l’origine par les Chinois Han, le groupe ethnique majoritaire de la Chine, représentant plus de 90 % de la population actuelle. Ce vêtement, véritable héritage culturel, symbolise l’élégance, l’harmonie et la philosophie propre à la civilisation chinoise.
Le Hanfu est considéré comme l’un des plus anciens styles vestimentaires au monde. Il aurait plus de 3000 ans d’histoire et aurait même été porté par l’Empereur Jaune (Huangdi), le souverain mythique qui aurait unifié les tribus du fleuve Jaune et fondé la première dynastie chinoise légendaire. Dans de nombreux récits anciens, Huangdi est décrit vêtu d’un long manteau de soie et d’une ceinture de jade, représentant l’autorité céleste et la sagesse humaine.
L’origine du Hanfu remonte à la dynastie Shang (1570 à 1045 av. J.-C.), considérée comme l’une des premières grandes périodes historiques chinoises. Les premiers Hanfu étaient simples, mais déjà empreints d’une symbolique forte : la coupe droite évoquait la droiture morale, la ceinture rappelait la modération, et la superposition des tissus exprimait la notion d’équilibre chère à la philosophie chinoise.
Le Hanfu traditionnel se composait généralement de trois éléments principaux :
- Le Yi (衣), une tunique à manches étroites descendant jusqu’aux genoux, attachée à la taille par une ceinture.
- Le Chang (裳), une jupe plissée tombant jusqu’aux chevilles, symbole de modestie et d’harmonie.
- Le Bixi (蔽膝), un pan de tissu couvrant les cuisses, porté au-dessus de la jupe pour compléter l’ensemble.
Le Hanfu sous la dynastie Zhou
Sous la dynastie Zhou (770 à 256 av. J.-C.), le Hanfu gagne en raffinement. Le statut social du vêtement devient strictement codifié, et il n’était plus possible pour tout le monde de le porter de la même manière. Selon les règlements vestimentaires, la longueur de la jupe et de la tunique, la largeur des manches et la présence d’ornements dépendaient du rang de chacun. Durant cette époque, le Hanfu s’élargit au niveau des manches et devient plus décoré. Les pierres de jade, symbole de pureté et de vertu, étaient souvent suspendues à la ceinture et produisaient un doux tintement à chaque mouvement.

Le Hanfu devient alors un marqueur de classe sociale. Plus une personne occupait une position élevée, plus son Hanfu était somptueux et décoré. Les différences se notaient dans la taille des manches, la longueur de la jupe, la couleur du tissu, ou encore la façon dont la robe se fermait. À cette époque, la mode chinoise était déjà un reflet de la hiérarchie et de l’étiquette confucéenne.
C’est aussi durant la dynastie Zhou qu’apparaît une innovation : le Shenyi (深衣), souvent traduit par « vêtement profond ». Il s’agissait d’une tunique courte et d’une jupe cousues ensemble, formant une seule pièce. Ce vêtement unisexe pouvait être porté aussi bien par les hommes que par les femmes, ce qui le rendait à la fois pratique et élégant.
Le Hanfu prend forme
Grâce aux progrès dans la fabrication des textiles et à la maîtrise des teintures naturelles, les Hanfu et Shenyi devinrent de véritables œuvres d’art. Les artisans tissaient des motifs complexes représentant des animaux mythiques, des fleurs de lotus, ou encore des symboles du yin et du yang, témoignant du lien entre le vêtement et la philosophie chinoise traditionnelle.

Au fil des dynasties suivantes, le Hanfu se diversifie et devient plus complexe. Parmi les principales variantes, on trouve :
- Le Yi (衣) : vêtement court à col croisé, porté par les deux sexes.
- Le Pao (袍) : robe ou tunique longue à fermeture latérale, réservée aux hommes.
- Le Ru (襦) : chemise ouverte à col croisé, légère et confortable.
- Le Shan (衫) : veste ouverte portée sur le Yi, souvent utilisée pour les occasions officielles.
- Le Chang (裳) : jupe raffinée portée par les hommes et les femmes.
- Le Ku (褲) : pantalon ample, très courant chez les hommes.
Durant des siècles, le Hanfu fut porté par presque toute la population chinoise. Les nobles de la cour impériale, les savants confucéens, les étudiants, mais aussi les travailleurs possédaient chacun une version adaptée à leur statut et à leurs activités. Ce vêtement était à la fois un symbole d’appartenance, de respect et d’harmonie entre les classes sociales.

Le Hanfu sous la dynastie Qing
Au début de la dynastie Qing (1644 à 1911), le Hanfu commence à disparaître progressivement. Contrairement aux dynasties précédentes, la dynastie Qing n’est pas fondée par les Chinois Han, mais par les Mandchous, un peuple semi-nomade originaire de Mandchourie, au nord-est de la Chine.
En prenant le pouvoir, les Mandchous introduisent leurs propres vêtements traditionnels, marquant une rupture avec les coutumes vestimentaires anciennes. C’est à cette époque qu’apparaît la célèbre robe chinoise Qipao (旗袍), ou Cheongsam, issue du style mandchou. Cette robe ajustée, plus pratique pour la vie quotidienne, finira par remplacer le Hanfu chez les femmes.
Les Qipao et les Hanfu ont donc des histoires liées, mais profondément différentes. Alors que le Hanfu incarne la tradition millénaire des Han, le Qipao reflète la modernité de la Chine impériale tardive et l’ouverture du pays au monde. De nos jours, les Qipao modernes sont bien plus faciles à porter dans la vie quotidienne, tandis que le Hanfu reste un vêtement solennel, souvent réservé aux cérémonies culturelles, mariages ou festivals historiques.
Ainsi, même si le Hanfu a connu des périodes d’oubli, il demeure un symbole majeur de la culture chinoise et un témoignage vivant de l’histoire des dynasties qui ont façonné la Chine.
Quand et comment porter le Hanfu
Le Hanfu est un vêtement traditionnel chinois à la fois sophistiqué, symbolique et empreint d’élégance. Il incarne l’harmonie entre la beauté et le respect des traditions. Même si aujourd’hui il serait difficile d’imaginer aller travailler en Hanfu, ce vêtement retrouve toute sa place lors de nombreuses occasions culturelles, religieuses et festives en Chine. Cela inclut évidemment les mariages chinois.
Quand porter le Hanfu
Lors des fêtes traditionnelles chinoises, il n’est pas rare de voir des femmes et des hommes revêtir un Hanfu. Cela permet de rendre hommage à la culture chinoise et de revivre, le temps d’une journée, l’atmosphère raffinée des anciennes dynasties. Les célébrations comme la Fête du Printemps (Nouvel An chinois), la Fête des Lanternes, la Fête de la Mi-Automne ou encore la Fête des Bateaux-Dragons sont souvent l’occasion idéale pour porter ce costume ancestral.
Les mariages chinois traditionnels constituent également un moment privilégié pour arborer le Hanfu. Les mariés, vêtus de tenues inspirées des styles Tang ou Ming, rendent ainsi hommage à la continuité des traditions familiales. Le rouge vif, couleur du bonheur et de la prospérité, domine ces cérémonies.

Le Hanfu peut aussi être porté lors de commémorations historiques ou de cérémonies symboliques, comme la cérémonie de la majorité, une ancienne coutume chinoise (appelée Guan Li pour les hommes et Ji Li pour les femmes) que certains jeunes essaient aujourd’hui de remettre à l’honneur. Ces cérémonies marquent le passage à l’âge adulte et permettent de renouer avec les valeurs confucéennes de respect et de responsabilité.

Il n’est pas rare non plus de voir le Hanfu lors d’évènements culturels comme des spectacles scolaires, des pièces de théâtre ou des reconstitutions historiques. Dans certaines grandes villes chinoises, comme Xi’an, Hangzhou ou Chengdu, des passionnés aiment même le porter simplement dans la rue, par plaisir ou pour des séances photo.
Autres moments où sont portés les Hanfu
Par ailleurs, les vêtements religieux bouddhistes et taoïstes sont eux aussi considérés comme des formes de Hanfu. Les moines taoïstes portent souvent des tuniques amples aux couleurs sobres, tandis que les robes bouddhistes sont caractérisées par leur simplicité et l’absence de motifs. Ces tenues perpétuent une esthétique spirituelle héritée de la Chine ancienne, où la sobriété symbolisait la pureté de l’âme.

Depuis 2010, un festival officiel du Hanfu est organisé chaque année à Chengdu, dans la province du Sichuan. Ce festival du Hanfu attire des milliers de participants venus de toute la Chine et même de l’étranger. Le festival permet de perpétuer la tradition, de présenter les styles vestimentaires des grandes dynasties et d’enseigner aux visiteurs la signification culturelle du Hanfu. Bien que les élèves apprennent à l’école les bases de l’histoire du costume chinois, c’est souvent lors de ce genre d’évènement que l’on découvre la richesse réelle du Hanfu, à travers des ateliers de broderie, de calligraphie ou de danse traditionnelle.

Comment porter le Hanfu
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, porter un Hanfu est plus simple qu’il n’y paraît. Les vêtements modernes inspirés du Hanfu ont été conçus pour être pratiques, tout en conservant leur élégance d’origine.
Porter le Hanfu pour les femmes
En été, les femmes apprécient particulièrement le Qixiong Ruqun (齐胸襦裙), une robe légère dont la ceinture se noue au-dessus de la poitrine. Ce style, apparu sous la dynastie Tang, est reconnu pour sa grâce et sa fluidité. Ses tissus fins et ses manches longues créent une silhouette aérienne, parfaitement adaptée aux journées chaudes.
En hiver, les femmes préfèrent des modèles plus épais comme les Qiyao Ruqun (齐腰襦裙), typiques des dynasties Wei et Jin, ou encore les Ma Mian Qun (马面裙), des jupes à plis multiples plus chaudes et plus structurées. Ces versions comprennent plusieurs couches superposées, parfois doublées de soie, offrant chaleur et élégance.

Porter le Hanfu pour les hommes
Pour les hommes, le Hanfu reste tout aussi accessible. Les modèles masculins se composent souvent d’une robe longue, d’une veste croisée et d’une ceinture nouée à la taille. Même si les versions très traditionnelles comportent parfois plusieurs couches de tissu, la majorité des Hanfu modernes sont faciles à enfiler et adaptés aux usages actuels.

Beaucoup d’étrangers se demandent s’ils peuvent, eux aussi, porter le Hanfu. La réponse est oui. Tant que le port du Hanfu s’accompagne d’un respect sincère de la culture chinoise, il est accueilli positivement. Les Chinois voient d’un bon œil les personnes curieuses qui souhaitent en apprendre davantage sur leurs traditions. Certes, quelques nationalistes puristes peuvent s’en offusquer, mais ils restent très minoritaires. Dans l’ensemble, la population chinoise apprécie cette démarche culturelle, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans un esprit de partage et de découverte.
Ainsi, porter le Hanfu aujourd’hui, c’est bien plus qu’un simple choix vestimentaire : c’est un acte symbolique, une manière d’honorer la civilisation chinoise et de faire revivre l’héritage des dynasties qui ont façonné le pays.
Un vêtement traditionnel toujours apprécié par les chinois
Malgré ses origines très anciennes, le Hanfu connaît depuis une vingtaine d’années un retour spectaculaire dans la société chinoise. Après des siècles d’oubli, il est redevenu un véritable phénomène culturel. Cette renaissance témoigne du profond attachement du peuple chinois à son patrimoine vestimentaire, mais aussi d’une volonté de réaffirmer son identité culturelle dans un monde de plus en plus uniformisé.
Dans les années 1980 et 1990, la mode en Chine était encore très sobre. Les gens s’habillaient souvent de manière uniforme, privilégiant le gris, le bleu ou le noir. Cette homogénéité vestimentaire reflétait un idéal d’égalité et de discrétion : se démarquer n’était pas bien vu, et tout le monde portait des vêtements similaires, inspirés du style utilitaire de l’époque maoïste.

Avec l’ouverture économique de la Chine et la montée du niveau de vie, les années 2000 marquent un véritable tournant. L’influence de la culture occidentale, la croissance rapide du pouvoir d’achat et la modernisation des mentalités bouleversent les habitudes. Les Chinois veulent désormais affirmer leur individualité et ne plus se fondre dans la masse. Dans les grandes villes comme Shanghai, Pékin ou Chengdu, on peut croiser toutes sortes de styles : costumes élégants, streetwear exubérant, vêtements traditionnels revisités, et bien sûr, Hanfu.

Renouveau du Hanfu
Le renouveau du Hanfu commence précisément en 2003, grâce à un homme nommé Wang Letian, employé dans le secteur de l’énergie. En novembre de cette année-là, il décide de sortir dans la rue vêtu d’un Hanfu confectionné à la main, attirant l’attention des passants et des médias. Son geste, simple mais audacieux, est souvent considéré comme le point de départ du mouvement Hanfu moderne.

À partir de ce moment, de plus en plus de personnes portent des tenues traditionnelles dans la rue. Le tout en étant fières de renouer avec l’histoire des dynasties chinoises. Les adeptes de cette pratique s’appellent les Tongpao (同袍), un mot signifiant littéralement « ceux qui partagent le même vêtement ». Ces passionnés utilisent Internet, les forums et les réseaux sociaux pour échanger des conseils. Ils aiment partager des photos et promouvoir le retour du Hanfu dans la vie quotidienne.
Les Tongpao jouent un rôle essentiel dans la transmission culturelle. Ils étudient les styles des différentes époques, reproduisent fidèlement les coupes anciennes, et documentent leurs recherches. Grâce à eux, il est aujourd’hui possible de trouver des reconstitutions de Hanfu Ming, Tang ou Han, aussi précises qu’élégantes. Leur engagement a permis à la société chinoise de redécouvrir toute la richesse historique et artistique de ce vêtement emblématique.

Les Hanfu de nos jours
Dans les rues de Xi’an, Pékin ou Suzhou, on croise des jeunes vêtus de Hanfu. Certains le portent par respect des traditions, d’autres pour des photos artistiques, ou simplement pour le plaisir de se distinguer. Le Hanfu devient alors une expression de fierté culturelle, une manière poétique de relier le passé et le présent.
Ce mouvement dépasse aujourd’hui les frontières de la Chine. Sur Instagram, TikTok ou Xiaohongshu (le « Instagram chinois »), les vidéos et photos de jeunes Chinois habillés en Hanfu se multiplient, attirant des millions de vues. Cette tendance internationale contribue à faire connaître le patrimoine culturel chinois auprès d’un public toujours plus large.
Un rapport publié par Tmall, grande plateforme d’e-commerce chinoise, a montré qu’en 2018, les achats de Hanfu augmentaient de 92 % par an. Près de la moitié des acheteurs, nés après 1995, témoignent de l’attachement profond des jeunes générations à leurs racines culturelles. Cette popularité croissante montre que le Hanfu n’est pas un simple effet de mode, mais bien un mouvement culturel durable.
L’intérêt pour le Hanfu est d’autant plus fort que les Chinois entretiennent une relation très respectueuse avec leur passé. En Europe, les vêtements anciens restent souvent confinés aux musées. En Chine, ils demeurent vivants et portés au quotidien.
Le Hanfu fait partie de l’âme du pays, tout comme la calligraphie, la peinture traditionnelle et la musique guqin.

Un vêtement toujours à la mode
Comme nous l’avons vu tout au long de cet article, le Hanfu est bien plus qu’un simple habit. C’est un symbole de continuité et de renaissance. Il a traversé les siècles, les révolutions et les dynasties, sans jamais perdre sa signification profonde. Aujourd’hui encore, il inspire des stylistes, des cinéastes et des créateurs qui cherchent à allier tradition et modernité.
Si l’occasion se présente, essayez un Hanfu. En le portant, vous ressentirez peut-être ce lien unique entre l’histoire, l’élégance et la philosophie chinoise. Le Hanfu sert parfois de costume pour les festivals ou les séances photo. Il permet surtout de revivre l’esprit des anciennes dynasties et de se relier à une culture millénaire. Ce n’est pas seulement une tenue, mais une porte ouverte sur la Chine ancienne. Le Hanfu reste un héritage vivant, qui continue d’évoluer avec les générations.
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